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Un nouveau conte

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Patskins
Propriétaire des lieux
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MessageSujet: Un nouveau conte   Jeu 1 Fév - 20:21

A l'époque où l'Arrée était sous bois, vivait dans la forêt du Drenneg, En Sizun, un sabotier nommé Colaz Stervïnou. Chargé de famille, pauvre comme Job, il se lamentait tout le temps.
- C'est bien de ta faute si le métier ne rend pas ; tu fabriques des sabots si bons, si bons, qui durent si longtemps, si longtemps, que la clientèle se fait de plus en plus rare. Pourquoi ne ferais-tu pas des sabots en bois de qualité médiocre que ta vendrais plus cher personne ne se plaindrait que risques-tu? Ta renommée est bien établie.
Ainsi lui parlait sa femme.
Colaz écoutait, mais sa conscience professionnelle comme on dit aujourd'hui, était là et l'empêchait de faire du mauvais travail. Plus d'une fois, il fut sur le point de se mettre la corde au cou mais, au dernier moment, il y avait toujours quelque chose qui l'en empêchait : une coupe de bois, une maladie des enfants, une partie de chasse, la visite du recteur ou de sa belle-mère et que sais-je encore ? Un soir du vingt-quatre décembre, alors qu'il s'apprêtait à mettre la bûche dans la cheminée, il entend frapper à la porte ce n'était certainement pas le Père Noël auquel il n'avait jamais cru.
Il ouvre un personnage inconnu entre.
- On m'a dit que tu fabriques de bons sabots et pas chers.
- On vous a dit la vérité.
- Ecoute, je ne regarde pas au prix. Voici la mesure du pied de ma fille, tâche de lui confectionner de petits sabots légers avec des arabesques dessus j'apprécie ce qui est beau.
- Moi aussi. Dans huit jours, ils seront prêts.
- Mais au fait, si tu es si pauvre qu'on le prétend, tu as peut être besoin d'une avance, parle.
- Il serait à souhaiter évidemment que nous ayons une vie moins misérable pensez donc que j'ai dix bouches à nourrir.
- Combien veux-tu que je te prête ? Sur un signe discret de sa femme qui le rassura, Colaz lâcha :
- Cent mille livres en louis d'or et vos petits sabots gratuits.
- Cela me paraît une forte somme. J'accepte cependant ta demande et paie comptant, voici la somme.
- Merci.
- Attends, attends ; voici mes conditions. Je suis un seigneur d'importance ayant étudié toutes les sciences ; si dans huit jours, tu réponds à mes questions, tu es gagnant ; dans le cas contraire, j'emporterai l'âme de ton dernier, qui doit mourir à bref délai, et mon or comme de juste.
- D'accord, mais que me proposez-vous ?
- Voici cinq questions auxquelles jusqu'à présent je n'ai trouvé de réponses:
1) Que peut-on faire avec rien ?
2) Qu'est-ce qui me suit tout le temps ?
3) Combien pèse la lune ?
4) Combien faut-il de temps pour aller au ciel ?
5) Quelle est ma valeur ?
Et maintenant, sabotier, prends garde, il y va de l'âme de ton enfant et de ta fortune aussi. Restés seuls les deux époux se concertèrent. Nous devons à tout prix, dit la femme, sauver l'âme de notre petit et par-dessus tout conserver cette petite fortune. Ce sera dur ; cet homme semble inquiétant.
Quand huit jours plus tard, l'étranger arriva, la maisonnée se préparait à se coucher.
- Excusez l'heure tardive ; des affaires pressantes m'ont retenu.
- Vous êtes tout excusé.
- Voici les chaussures de votre fille.
- Allons droit au but : Que peut-on faire avec rien ?
- Jeûner.
- Qu'est-ce qui me suit toujours ?
- Votre ombre.
- Combien pèse la lune ?
- Chacun sait que la lune a quatre quartiers ; quatre quarts font un je conclus que la lune pèse une livre, pas plus.
- Hum ! Cela ne me satisfait pas tout à fait. Où as-tu fait tes études ?
- A l'école du soir à Saint Cadou.
- Je félicite ton maître. Combien faut-il d'heures pour arriver au Ciel?
- N'avez-vous pas lu l'Evangile où il est écrit :
'A trois heures, Jésus dit au larron de droite:'A la fin de la journée,
tu seras au Ciel avec moi.'
- De trois heures à minuit, il y a neuf heures. Donc, je pense, sauf erreur, qu'on peut y aller en neuf heures.
- Et maintenant, regarde-moi bien. Je suis jeune, beau, riche, habile administrateur puisque je gouverne le plus vaste empire du monde sans secousse ; as-tu une exacte idée de ma valeur ?
- Prends garde à ta réponse, réfléchis, ne parle qu'à bon escient.
- Vous estimez-vous plus que le Christ ?
- Pas plus peut-être, mais guère moins assurément.
- Le Christ fut vendu trente pièces d'argent, donc au maximum vous ne pouvez
prétendre à plus de vingt-neuf deniers.
- Maudit sabotier, tu es plus malin, plus rusé que je ne le pensais.
Se voyant vaincu, le diable car c'était bien lui, voulut reprendre son or, mais par prudence la sabotière l'avait placé sous le bénitier et lorsque, dans sa précipitation, 'Polig' voulut le reprendre, il chavira le fragile récipient dont l'eau lui brûla les doigts. Il s'en alla, ayant bien perdu la partie.
Devenu riche, plus tard Colaz dota ses enfants et, avec ce qui lui resta, vécut heureux dans sa cabane où, par passe-temps, il continua à confectionner de si bons sabots qu'il ne perdit jamais tout à fait sa clientèle.

Source : http://members.aol.com/lagaphe/legendes/sabotier.htm
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